Fafacourou : le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau unissent leurs forces pour renforcer la protection des femmes et des filles.
FAFACOUROU (Kolda) — La lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), les mariages d’enfants et les violences basées sur le genre prend une dimension sous-régionale. À Fafacourou, dans le département de Médina Yoro Foulah, une rencontre transfrontalière organisée par Tostan a réuni des acteurs du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée-Bissau autour d’une même ambition : renforcer la coopération et les mécanismes communautaires de protection des femmes et des filles.
Les communautés au cœur du changement
Pour Finté Boiro, coordonnateur de Tostan dans la zone Sud, l’abandon durable des pratiques néfastes passe d’abord par l’implication des communautés. Femmes, jeunes, leaders religieux et autorités coutumières doivent, selon lui, être pleinement associés aux stratégies de prévention et de protection.
Cette approche communautaire correspond à l’expérience développée par Tostan dans le sud du Sénégal, où l’organisation travaille depuis plusieurs années avec les communautés sur les droits humains, la santé et le développement. Tostan présente d’ailleurs l’engagement communautaire comme un levier central de changement social.
Des frontières qui ne doivent pas limiter la protection
La dimension transfrontalière de la rencontre répond à une réalité : les populations de cette zone partagent des liens sociaux, familiaux et culturels qui dépassent les frontières administratives.
Talato Diallo, représentante de la Guinée-Bissau, a ainsi insisté sur la nécessité d’harmoniser les réponses face aux pratiques qui affectent les filles et les femmes.
Représentant la Gambie, le gouverneur de Basse, Samba Ba, a pour sa part réaffirmé l’engagement de son pays à renforcer la coopération en faveur des populations vulnérables.
L’UNFPA appelle à consolider les acquis
De son côté, Nicollette Moody, représentante du système des Nations Unies pour la Gambie et le Sénégal, a salué l’initiative portée par Tostan et la mobilisation des différents acteurs.
Elle a notamment insisté sur la nécessité de pérenniser les acquis des programmes conjoints afin de renforcer durablement la protection et les perspectives d’avenir des filles dans la sous-région.
Le Sénégal rappelle son cadre juridique
Représentant le gouvernement sénégalais, Dr Rokhaya Diakhaté, Directrice de la Famille et de la Protection des Groupes vulnérables, a mis l’accent sur les conséquences sanitaires des mutilations génitales féminines et sur la nécessité d’une mobilisation collective.
Le Sénégal dispose depuis 1999 d’un cadre légal criminalisant les MGF. La loi n°99-05 du 29 janvier 1999 a notamment modifié le Code pénal en introduisant des dispositions spécifiques contre ces pratiques.
La responsable a également évoqué les orientations nationales actuelles en matière de lutte contre les violences basées sur le genre et de protection des femmes et des filles.
Le préfet de Médina Yoro Foulah salue la mobilisation
En clôture de la rencontre, le préfet de Médina Yoro Foulah, Sidy Guissé Ndiongue, a salué la forte mobilisation des populations et des différentes délégations.
Pour l’autorité administrative, les liens historiques et sociaux entre les communautés de cet espace transfrontalier constituent un atout pour renforcer la solidarité et mener des actions coordonnées contre les pratiques néfastes.
Une coopération appelée à se poursuivre
À Fafacourou, les participants ont ainsi misé sur le dialogue entre communautés, institutions et partenaires pour renforcer la prévention et la protection des femmes et des filles.
Au-delà des engagements pris lors de cette rencontre, l’enjeu reste désormais de traduire cette coopération transfrontalière en actions concrètes et durables, au plus près des communautés.
Pape Kadialy BADJI / KOLDAWEB
