6 octobre 2026

Société : la solidarité sénégalaise en péril face à la méfiance, l’individualisme et aux dérives des réseaux sociaux.

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Kolda — Longtemps considérée comme l’un des fondements du vivre-ensemble au Sénégal, la solidarité communautaire semble aujourd’hui confrontée à de profondes mutations. Entre individualisme croissant, rivalités, perte de confiance et exposition de la vie privée sur les réseaux sociaux, les relations entre familles, voisins et proches se fragilisent. À Kolda, des citoyens livrent leur analyse et proposent des pistes pour restaurer le lien social.

De l’entraide à la compétition individuelle

Dans de nombreuses communautés, les pratiques traditionnelles d’entraide occupaient autrefois une place centrale. Voisins, familles et proches se mobilisaient plus spontanément face aux difficultés rencontrées par l’un des leurs.

Aujourd’hui, plusieurs citoyens constatent une évolution des comportements.

La recherche du bien-être individuel et l’importance accordée aux biens matériels semblent parfois prendre le dessus sur l’intérêt collectif.

« La manière dont on vivait auparavant et maintenant, ce sont deux moments différents. On sent maintenant que les gens ont creusé l’écart entre les hommes (…) et tu ne penses plus à ton prochain », témoigne un intervenant.

Cette perception traduit, selon lui, une transformation progressive des rapports sociaux, avec davantage de concurrence et moins de disponibilité pour l’autre.

La méfiance, nouvelle barrière au vivre-ensemble

À cette évolution s’ajoute une autre difficulté : la perte de confiance.

Dans certains quartiers et familles, la peur de voir une confidence divulguée ou une difficulté personnelle exposée publiquement pousse désormais certains citoyens à garder leurs problèmes pour eux.

Une situation qui affecte directement les mécanismes traditionnels de solidarité.

Une citoyenne met notamment en cause l’utilisation des réseaux sociaux :

« La plupart du temps, quand tu as un problème et que tu en parles à un ami ou un voisin, la minute qui suit, tout ce que tu viens de dire se retrouve déversé sur les réseaux sociaux. »

Pour elle, cette exposition de la vie privée contribue à installer davantage de méfiance entre les individus.

Les réseaux sociaux, accélérateurs des mutations sociales

Les réseaux sociaux ne sont évidemment pas les seuls responsables de cette évolution. Mais leur omniprésence transforme profondément la manière dont les Sénégalais communiquent, s’informent et entretiennent leurs relations.

Une confidence peut désormais être diffusée en quelques secondes. Une dispute familiale peut devenir publique. Une information personnelle peut circuler bien au-delà du cercle dans lequel elle avait été confiée.

Cette facilité de diffusion pose donc la question de la responsabilité numérique, notamment en matière de respect de la vie privée et de confidentialité.

Le défi consiste moins à rejeter les réseaux sociaux qu’à apprendre à les utiliser de manière plus responsable.

L’éducation au cœur de la reconstruction

Face à cette situation, les citoyens interrogés mettent l’accent sur l’éducation.

Pour eux, les valeurs de solidarité, de respect, d’honnêteté et d’entraide doivent être transmises dès l’enfance, aussi bien dans les familles qu’à l’école et dans les espaces communautaires.

Le retour au dialogue apparaît également comme une piste importante. Il s’agit de créer davantage d’espaces permettant aux générations de se parler, de comprendre les évolutions de la société et de préserver ce qui constitue le socle du vivre-ensemble.

La protection de la vie privée et le respect de la parole donnée sont également présentés comme des conditions essentielles pour reconstruire la confiance.

Préserver la Teranga sans nier les changements de société

La Teranga sénégalaise ne se résume pas à l’accueil des étrangers. Elle renvoie aussi à des pratiques de solidarité, de partage et d’assistance qui structurent depuis longtemps les relations sociales.

Mais cette tradition évolue avec la société.

L’urbanisation, les difficultés économiques, les nouvelles aspirations individuelles et la transformation des modes de communication modifient progressivement les rapports entre les citoyens.

La question est donc de savoir comment préserver l’esprit de solidarité tout en s’adaptant aux réalités d’une société en pleine mutation.

À Kolda comme ailleurs au Sénégal, le débat est ouvert. Et pour les citoyens rencontrés, une conviction domine : la modernité ne devrait pas nécessairement signifier la disparition de l’entraide.

La reconstruction du lien social pourrait commencer par des gestes simples : écouter davantage, respecter les confidences, aider lorsque cela est possible et surtout réapprendre à faire confiance.

Pape Kadialy BADJI/ Ousseynou SEYDI stagiaire.

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