6 octobre 2026

Chronique du Fouladou : Kolda, six décennies de mutations politiques et de luttes d’influence.

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De l’hégémonie socialiste aux recompositions actuelles autour de nouvelles formations, la capitale du Fouladou a toujours été un terrain privilégié de compétition politique. Retour sur une histoire locale marquée par les alternances, les rivalités, les coalitions et les repositionnements.

Par Jean Paul DIAKHOUMPA

À Kolda, la politique n’est jamais très loin. Elle s’invite dans les quartiers, dans les familles, dans les marchés et jusque dans les débats communautaires. Depuis l’indépendance, la capitale du Fouladou a connu plusieurs générations de responsables politiques et plusieurs configurations du pouvoir.

Mais derrière les changements d’étiquettes partisanes, une constante demeure : la conquête de la mairie, le contrôle des appareils politiques et la capacité à construire un véritable ancrage local constituent depuis des décennies les principaux enjeux de la vie politique koldoise.

Une histoire qu’il convient de revisiter avec prudence, car certaines périodes et certains résultats restent diversement racontés selon les sources.


Des premières années de l’indépendance à l’hégémonie socialiste

L’histoire municipale de Kolda remonte à la période précédant même l’indépendance. Une chronologie publiée par KoldaNews indique qu’Amadou Michel Diop fut maire de 1953 à 1955, avant Abdoulaye Diallo puis une délégation spéciale. Après l’accession du Sénégal à l’indépendance, Yoro Kandé dirige la commune de 1960 à 1962, avant de céder la place à Demba Koïta.

Demba Koïta restera aux commandes pendant plusieurs décennies. Cette longue période s’inscrit dans le contexte de la domination du Parti socialiste sur la scène politique sénégalaise.

Mais l’hégémonie d’un parti ne signifie pas l’absence de compétition.

À Kolda comme ailleurs, les rivalités entre tendances, les questions d’investiture et les rapports de force personnels structurent déjà la vie politique locale. La conquête du pouvoir municipal se joue autant à l’intérieur des formations politiques qu’entre elles.

À la fin des années 1980, Moctar Kébé prend le relais et dirige la mairie jusqu’en 2000, selon les archives locales disponibles.


2000 : l’alternance nationale change aussi la couleur de Kolda

L’arrivée d’Abdoulaye Wade au pouvoir en 2000 bouleverse les équilibres politiques nationaux.

À Kolda, une délégation spéciale dirigée par Sami Daniff administre la commune entre 2000 et 2002, avant les élections locales qui portent Bécaye Diop à la mairie.

L’ancien ministre d’État devient alors l’une des principales figures de la vie politique koldoise.

Cette période est marquée par les attentes liées au désenclavement, aux infrastructures et au développement économique. La proximité de Kolda avec la Gambie et la Guinée-Bissau, ainsi que le contexte sécuritaire de la Casamance, donnent également au territoire une dimension particulière.

La politique locale ne se résume donc pas aux querelles partisanes. Elle est aussi liée aux préoccupations très concrètes des populations : routes, emploi, sécurité, agriculture, accès aux services sociaux et développement des territoires.


2012 : l’APR et la multiplication des centres de pouvoir

L’élection de Macky Sall en 2012 ouvre une nouvelle séquence.

À Kolda, l’Alliance pour la République et la coalition Benno Bokk Yaakaar deviennent les principales forces de la majorité présidentielle.

En 2014, Abdoulaye Bibi Baldé accède à la mairie, succédant à Bécaye Diop.

Mais cette période est également celle de la multiplication des figures politiques originaires du Fouladou occupant des responsabilités nationales.

Abdoulaye Bibi Baldé, Mame Boye Diao, Abdourahmane Baldé dit Doura et d’autres responsables apparaissent progressivement dans le paysage politique régional.

Cette concentration de personnalités dans la même mouvance présidentielle crée mécaniquement une compétition pour le leadership local.

Qui représente réellement Kolda ? Qui dispose du meilleur ancrage ? Qui peut prétendre conduire la liste lors des prochaines élections ?

Ces questions vont progressivement prendre une importance considérable.


2022 : le grand basculement municipal

Les élections territoriales de janvier 2022 constituent un véritable tournant.

À Kolda, Mame Boye Diao, candidat de la coalition Nay Leer, remporte la mairie avec 8 593 voix, devant le maire sortant Abdoulaye Bibi Baldé, crédité de 4 757 voix. Abdourahmane Baldé dit Doura arrive en troisième position avec 4 404 voix.

Mame Boye Diao est installé maire le 16 février 2022.

Ce scrutin est particulièrement révélateur d’une évolution importante : la compétition politique koldoise ne se limite plus à l’affrontement entre grands partis nationaux.

Elle se joue également autour de personnalités disposant de leurs propres réseaux et capables de construire des coalitions locales.

Le cas de Mame Boye Diao est emblématique : alors qu’il appartenait à l’appareil présidentiel, il avait présenté une liste distincte de celle de la coalition BBY et remporté la mairie face au maire sortant.

La victoire illustre donc aussi les limites d’une lecture exclusivement partisane des rapports de force locaux.


De l’hégémonie des partis à la politique des personnalités

C’est probablement l’une des grandes transformations de la politique koldoise.

Autrefois, l’étiquette du parti pouvait suffire à structurer une grande partie de la compétition. Aujourd’hui, le poids personnel des candidats, leurs réseaux, leur capacité de mobilisation et leur présence dans les quartiers occupent une place croissante.

L’électeur koldois peut ainsi voter pour un candidat appartenant à une coalition différente de celle qu’il soutient à une autre élection.

Les résultats de 2022 en donnent une illustration.

Lors des législatives de juillet 2022, des responsables issus de la mouvance présidentielle ont notamment perdu leurs bureaux de vote face à Yewwi Askan Wi, selon les résultats rapportés à l’époque par la presse.

La fidélité politique n’est donc jamais totalement acquise.


La « transhumance » : une vieille pratique dans un nouveau décor

À chaque alternance, le même phénomène réapparaît : certains responsables changent de camp, rejoignent la majorité du moment ou tentent de se repositionner dans la nouvelle configuration.

Le phénomène n’est évidemment pas propre à Kolda.

Mais dans une région où les réseaux personnels et communautaires occupent une place importante dans la mobilisation politique, ces changements de camp sont particulièrement observés.

D’où cette expression devenue familière dans le débat public : les « jamais perdants », ces responsables capables de se repositionner au gré des alternances.

Du PS au PDS, du PDS à l’APR et aujourd’hui dans les nouvelles recompositions politiques, Kolda continue d’observer ces mouvements de personnalités.


Une nouvelle page avec KIIRAAY ?

La nouvelle séquence politique ouverte autour de KIIRAAY pourrait constituer un nouveau chapitre de cette histoire.

L’enjeu sera de savoir si cette nouvelle formation réussira à fédérer durablement des responsables aux parcours différents ou si les ambitions individuelles finiront par reprendre le dessus.

À Kolda, la question est particulièrement sensible.

Plusieurs personnalités disposent désormais de réseaux, de mouvements ou de responsabilités institutionnelles. Leur coexistence au sein d’une même mouvance pourrait constituer une force électorale, mais elle pourrait aussi faire naître de nouvelles compétitions pour le leadership.

Le passé politique de la ville montre en tout cas que les alliances électorales peuvent être solides au sommet tout en restant fragiles sur le terrain.


Kolda, laboratoire permanent de la politique sénégalaise

Six décennies après l’indépendance, l’histoire politique de Kolda apparaît ainsi comme une succession de cycles.

Socialisme, alternance libérale, domination de l’APR-BBY, montée des coalitions locales, affirmation des mouvements citoyens et nouvelles recompositions : les sigles changent, les hommes se renouvellent, mais la bataille pour l’ancrage territorial demeure.

Aujourd’hui encore, une question reste au centre de toutes les interrogations : la prochaine alternance politique à Kolda sera-t-elle encore une affaire de parti, ou consacrera-t-elle définitivement le poids des personnalités et des réseaux locaux ?

Une chose est certaine : le Fouladou continue d’observer, de comparer et, surtout, de voter.

Chronique du Fouladou — Jean Paul DIAKHOUMPA

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