RDC : l’annonce du dialogue national ouvre déjà plusieurs fronts politiques.
KINSHASA — L’annonce par le président Félix Tshisekedi d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État provoque déjà de vives réactions en République démocratique du Congo. Alors que le pouvoir présente ce processus comme une initiative souveraine destinée à répondre aux crises du pays, une partie de l’opposition conteste son format et réclame un dialogue véritablement inclusif. Le chef de l’État a annoncé un processus qui doit débuter par des consultations dans les 26 provinces, avant la tenue d’assises nationales à Kinshasa. Les autorités veulent notamment associer les acteurs politiques, la société civile, les autorités coutumières et religieuses, les milieux économiques ainsi que les universitaires. Le processus est prévu pour une durée maximale de trois mois. L’opposition rejette le format proposéLa Coalition Article 64 (C64) a rapidement rejeté les consultations annoncées. Elle estime que le dispositif proposé ne garantit pas, selon elle, les conditions d’un dialogue national réellement consensuel.La coalition, qui rassemble plusieurs figures de l’opposition, maintient par ailleurs son appel à une marche nationale le 15 septembre 2026. Elle accuse le pouvoir de vouloir détourner l’attention des urgences sécuritaires et sociales et soupçonne le camp présidentiel de chercher à préparer une modification constitutionnelle ouvrant la voie à un troisième mandat, une accusation qui relève de la position politique de l’opposition et qui n’est pas établie comme un fait. Le pouvoir défend une démarche nationale. Dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi affirme vouloir rompre avec les précédents dialogues centrés, selon lui, sur le partage des postes politiques. Le président congolais assure que le futur dialogue doit être consacré à la paix, à l’unité nationale et à la consolidation des institutions. Il exclut également la participation de groupes armés au processus national, tandis que la dimension sécuritaire de la crise dans l’Est reste notamment traitée dans les cadres de Washington et de Doha. Washington favorable à un processus inclusif. À l’international, l’annonce reçoit un accueil plus favorable. Washington salue l’ouverture du dialogue et estime qu’un processus inclusif et constructif pourrait contribuer à rétablir la confiance, favoriser la paix et renforcer la stabilité en RDC. La société civile congolaise appelle également à la convergence des différentes organisations afin de présenter une démarche commune dans le processus. La bataille autour des règles du jeuAu-delà du principe même du dialogue, une première bataille se profile déjà autour de sa composition, de son mode d’organisation et de ses garanties d’inclusivité. Le pouvoir doit encore préciser les modalités concrètes du processus. De son côté, l’opposition réclame un cadre négocié dans lequel les règles du jeu ne seraient pas définies unilatéralement par l’exécutif.Le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi apparaît ainsi comme un nouveau terrain de confrontation politique : entre la volonté du pouvoir d’imposer un processus national et les exigences de l’opposition pour un cadre plus consensuel, les prochaines semaines s’annoncent décisives.
Pape Kadialy BADJI Source : RFI, Reuters, Présidence de la RDC. Présidence de la République démocratique du Congo
