Sénégal : l’ancien député Dione Sanou interpelle Diomaye Faye sur l’accord avec le FMI et le ciblage des subventions.
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Dakar — L’ancien député Dione Sanou adresse une lettre ouverte au président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, au lendemain de l’annonce de l’accord technique conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI). Il demande notamment des clarifications sur les conditionnalités du programme, le traitement de la dette et surtout la réforme du ciblage des subventions énergétiques.
Dans cette lettre datée du 3 septembre 2026, l’ancien parlementaire dit vouloir apporter une « contribution critique » à l’accord technique annoncé le 1er septembre par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba.
Le programme, d’une durée de 36 mois, porte sur environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 243 milliards de FCFA, au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). L’accord reste toutefois soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI et à la mise en œuvre de mesures correctrices.
Souveraineté économique et marges de manœuvre
Pour Dione Sanou, la stabilisation des finances publiques constitue un objectif légitime, mais elle doit être conciliée avec les engagements pris dans le cadre du « programme Diomaye Président ».
L’ancien député s’interroge notamment sur l’impact des orientations du programme FMI sur les politiques publiques annoncées dans des domaines comme l’emploi des jeunes, la protection sociale, la souveraineté alimentaire, la transition énergétique et l’appui aux collectivités territoriales.
Il appelle ainsi à une clarification des engagements précis pris par l’État, de leur impact budgétaire et des marges de manœuvre dont disposera encore le gouvernement pour mettre en œuvre ses priorités.
Le ciblage des subventions au cœur des préoccupations
C’est toutefois la réforme du système de subventions qui concentre l’essentiel des interrogations de l’ancien député.
Selon les orientations présentées par les autorités, l’État entend mieux cibler les subventions, notamment dans le secteur de l’énergie, afin de concentrer les soutiens publics sur les ménages les plus vulnérables, le transport collectif et certaines activités essentielles.
Dione Sanou estime que cette réforme peut être pertinente sur le plan technique, notamment à travers la recertification des bénéficiaires des bourses de sécurité familiale et la mise à jour du Registre national unique (RNU).
Mais il juge indispensable de garantir la fiabilité du dispositif.
Il demande notamment quels seront les critères permettant de déterminer les ménages considérés comme vulnérables, comment seront prises en compte les populations rurales et pastorales et quels mécanismes de recours seront prévus pour les personnes éventuellement exclues à tort.
« Éviter les erreurs de ciblage »
L’ancien parlementaire redoute en particulier que des erreurs dans l’identification des bénéficiaires ne pénalisent les ménages les plus fragiles.
Il évoque également le risque d’une augmentation du coût de la vie pour certaines catégories de la population si la révision des subventions énergétiques n’est pas accompagnée de mesures sociales suffisamment rapides et efficaces.
Pour lui, la réforme ne doit pas être perçue comme une simple réduction des dépenses publiques dictée par les contraintes financières.
Quelle cohérence avec le programme présidentiel ?
Au-delà des aspects techniques, Dione Sanou pose une question politique centrale : l’accord avec le FMI est-il pleinement cohérent avec le projet de souveraineté économique porté par le président Bassirou Diomaye Faye ?
Il demande notamment que les économies réalisées grâce au ciblage des subventions soient clairement identifiées et que leur réaffectation vers les secteurs prioritaires puisse être suivie par les citoyens.
Emploi, santé, éducation, agriculture, pastoralisme, décentralisation et transition énergétique sont cités parmi les domaines qui devraient, selon lui, bénéficier de ces marges budgétaires.
Le Parlement appelé à jouer son rôle
L’ancien député souhaite également voir le Parlement pleinement associé au suivi du programme.
Il demande notamment un contrôle parlementaire sur les engagements pris avec le FMI, l’évolution des subventions, leur impact sur les finances publiques et les conséquences sociales des réformes.
Dione Sanou réclame enfin davantage de transparence sur les scénarios macroéconomiques retenus par le gouvernement, notamment en matière de croissance, inflation, emploi et dette.
Un appel au débat démocratique
Tout en se présentant comme une démarche constructive, l’ancien parlementaire estime que les choix économiques du Sénégal doivent faire l’objet d’un débat démocratique approfondi.
Il souhaite que le programme conclu avec le FMI, s’il est mis en œuvre, demeure selon lui un instrument au service du projet national, et non une contrainte qui limiterait les choix souverains du pays.
À travers cette lettre ouverte, Dione Sanou appelle ainsi le chef de l’État à rassurer les citoyens sur la compatibilité entre les réformes économiques annoncées, la protection sociale et les ambitions de souveraineté, de transparence et de bonne gouvernance affichées par le pouvoir.
Dione Sanou
Ancien député
Dakar, 3 septembre 2026
Redaction Koldaweb
