Justice : Tostan propose son expertise pour renforcer la réinsertion des détenus et l’accès à l’état civil.
DAKAR — La réinsertion des personnes détenues et l’accès aux documents d’état civil étaient au cœur des échanges entre le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, et une délégation de l’ONG Tostan, conduite par son directeur exécutif, Sobel Ngom, reçue vendredi 4 septembre 2026.
La rencontre intervient alors que le Sénégal cherche à renforcer l’humanisation du système pénitentiaire et les dispositifs permettant aux personnes détenues de préparer leur retour à la vie sociale et professionnelle.
Le « Projet Prison » au cœur de l’expérience de Tostan
Tostan a présenté au ministre les actions menées depuis plusieurs années dans le milieu carcéral à travers son « Projet Prison », lancé en 2003 à Thiès, avant d’être étendu notamment à Dakar, Rufisque, la prison pour enfants et la maison d’arrêt pour femmes.
Le programme intervient notamment dans le renforcement des capacités des détenus, l’alphabétisation, le maintien des liens familiaux et la préparation à la réinsertion.
L’organisation souhaite aujourd’hui aller plus loin en mettant à profit l’expérience d’anciens détenus ayant réussi leur réinsertion. L’objectif est notamment de contribuer au renforcement des capacités de l’administration pénitentiaire et de faire de ces parcours des références pour les personnes préparant leur sortie de prison.
La dignité au cœur de la politique pénitentiaire
Au cours de l’audience, la question des conditions de détention a également été abordée.
La délégation de Tostan a salué les initiatives engagées par le ministère pour améliorer et humaniser les conditions de détention. Elle a toutefois évoqué des difficultés liées à la mise en œuvre des modes alternatifs de règlement des litiges et des services probatoires.
De son côté, Me Moussa Sarr a rappelé un principe central de l’action pénitentiaire : la détention ne fait pas perdre à une personne sa dignité humaine.
Cette approche place donc la préparation à la réinsertion au-delà de la seule période d’incarcération, avec l’enjeu de permettre aux personnes libérées de retrouver leur place dans la société. Le ministère reconnaît d’ailleurs officiellement la réinsertion sociale comme une seconde mission de l’administration pénitentiaire, après la garde et l’entretien des personnes détenues.
L’état civil, un autre chantier prioritaire
Les discussions ont également porté sur l’état civil, qui constitue un enjeu important pour l’accès aux droits et la réinsertion sociale.
Tostan s’est déclarée prête à accompagner les pouvoirs publics dans la régularisation de nombreux dossiers, notamment grâce à un financement destiné à l’organisation d’audiences foraines.
L’ONG envisage de travailler avec les collectivités territoriales afin de faciliter l’accès des populations concernées aux documents d’état civil. La démarche doit être approfondie avec la Direction des Affaires civiles et du Sceau et le ministère chargé des Collectivités territoriales.
Une collaboration entre l’État et la société civile
Cette audience illustre la volonté de renforcer les passerelles entre l’administration judiciaire et les organisations de la société civile.
Pour Tostan, l’enjeu est de contribuer à une justice qui ne se limite pas à l’exécution de la peine, mais qui prépare également le détenu à retrouver son autonomie, ses droits et sa place dans la communauté.
Le ministère de la Justice a, pour sa part, réaffirmé sa disponibilité à accompagner les initiatives de l’organisation dans le domaine de la réinsertion et de l’état civil.
Cette orientation rejoint les difficultés identifiées par l’administration pénitentiaire elle-même, parmi lesquelles figurent la surpopulation carcérale, l’insuffisance de personnel spécialisé, le suivi post-carcéral et la stigmatisation des détenus libérés.
KOLDAWEB.COM — Pape Kadialy BADJI
