Yakaar-Teranga, Gas-to-Power, ICS : quelles perspectives pour la stratégie énergétique et industrielle du Sénégal ?
Le texte d’Aly Konaté défend une thèse claire : la reprise en main de Yakaar-Teranga, le développement du réseau gazier et la transformation industrielle des ressources sénégalaises devraient former un ensemble cohérent au service de la souveraineté énergétique et industrielle. Plusieurs éléments de ce raisonnement correspondent effectivement à des orientations publiques documentées, mais d’autres affirmations relèvent de l’analyse ou de la prise de position de l’auteur et doivent être présentées comme telles.
Yakaar-Teranga : un changement majeur déjà acté
Le 22 avril 2026, l’État du Sénégal et Kosmos Energy ont conclu un accord mettant fin à la participation de la compagnie américaine dans l’exploitation de Yakaar-Teranga, sans contrepartie financière à verser par le Sénégal selon l’annonce faite à l’époque par le gouvernement. Le bloc doit désormais être exploité par PETROSEN.
Mais le dossier reste loin d’être définitivement réglé. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a déclaré le 8 septembre devant les députés que des « manquements » devaient encore être corrigés, notamment concernant des indemnités estimées à 55 millions de dollars, soit environ 30 milliards de FCFA, qui devraient revenir à l’État à l’expiration du contrat en juillet 2026.
Le « Gas-to-Power » reste officiellement à l’agenda
Contrairement à l’idée d’un abandon déjà acté, les documents gouvernementaux disponibles indiquent que les stratégies Gas-to-Power et Gas-to-Industries restent des axes de la politique énergétique.
Un communiqué du Conseil des ministres de 2025 présentait notamment le Réseau gazier du Sénégal (RGS) comme une infrastructure destinée au transport, à la distribution et à la valorisation du gaz naturel, avec une articulation explicite avec le Gas-to-Power et le Gas-to-Industry.
Plus récemment, le gouvernement a également indiqué que Yakaar-Teranga faisait partie des projets stratégiques intégrés à la stratégie « Gas-to-Power », avec l’objectif affiché de produire une électricité davantage alimentée par les ressources nationales et de réduire les coûts énergétiques.
Il est donc plus exact de parler d’interrogations sur la mise en œuvre et le modèle économique que d’un « enterrement » déjà établi.
PETROSEN devra toutefois trouver des partenaires
La prise en charge du projet par PETROSEN ne signifie pas nécessairement une exploitation réalisée entièrement avec des moyens sénégalais.
Un expert cité par l’APS estime que la société nationale dispose des capacités juridiques et institutionnelles nécessaires, mais souligne qu’un projet offshore profond de cette ampleur nécessitera des partenariats techniques et financiers importants.
De son côté, le directeur général de PETROSEN Holding indiquait en mai que la société recherchait justement des partenaires financiers et techniques, notamment africains, pour accompagner le développement de Yakaar-Teranga.
Les ICS : un enjeu industriel, mais une situation distincte
Le rapprochement proposé dans le texte entre gaz, phosphates et engrais correspond à une logique industrielle défendable : le Sénégal dispose d’une industrie phosphatière et d’une production gazière qui pourraient, à terme, être davantage intégrées aux chaînes de valeur nationales.
Mais il faut distinguer cette perspective industrielle des décisions effectivement prises concernant les ICS.
En avril 2026, les ICS annonçaient vouloir porter leur production d’engrais à 125 000 tonnes pour la campagne 2026-2027, après 105 000 tonnes lors de la campagne précédente.
Par ailleurs, l’intersyndicale des ICS avait demandé en mai une concertation inclusive avec l’État autour des projets de restructuration de l’entreprise.
Une tribune qui pose surtout des questions de gouvernance
Le point central du texte d’Aly Konaté n’est donc pas uniquement le gaz. Il porte sur une question plus large : comment le Sénégal doit-il organiser la maîtrise, le financement et la valorisation de ses ressources naturelles ?
Les questions soulevées — part de l’État, rôle de PETROSEN, choix contractuel, contenu local, obligations d’investissement, prix du gaz pour Senelec et l’industrie, emplois et transformation locale — constituent des sujets légitimes de débat public.
En revanche, les formules telles que « enterrement de première classe », « bradage » ou « pillage » relèvent de la position de l’auteur et ne doivent pas être présentées comme des faits établis.
KOLDAWEB
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