5 octobre 2026

Kolda et le pouvoir central : vers la fin du « djakatouré é marroo farro ».

0
FB_IMG_1790468518040

?

À Kolda, le rapport entre pouvoir politique, développement territorial et choix électoraux nourrit depuis longtemps le débat. Entre la recherche d’un accès privilégié aux ressources de l’État et la volonté d’assumer une plus grande autonomie politique, le Fouladou semble engagé dans une nouvelle séquence. Une évolution qui pose une question : le territoire peut-il désormais défendre ses intérêts sans nécessairement s’aligner sur le pouvoir central ?

De Yoro Kandé à Mame Boye Diao, en passant par plusieurs figures politiques ayant marqué l’histoire récente du Fouladou, le rapport de Kolda au pouvoir central a souvent été au cœur des débats locaux.

Dans le langage populaire, l’expression « djakatouré é marroo farro ko doumtang wellantami », utilisée pour évoquer le fait de se contenter de ce que l’on peut obtenir dans l’immédiat, résume pour certains observateurs une forme de pragmatisme politique. D’autres y voient plutôt la conséquence d’un système institutionnel dans lequel l’État conserve une place déterminante dans le financement des grands projets territoriaux.

Décentralisation : une autonomie encore encadrée

L’Acte III de la décentralisation a renforcé le rôle des collectivités territoriales. La Constitution sénégalaise dispose que celles-ci constituent un cadre de participation des citoyens à la gestion des affaires publiques et qu’elles participent à la territorialisation des politiques publiques.

Dans le même temps, les collectivités restent confrontées à la question des ressources nécessaires à l’exercice de leurs compétences. Le Code général des collectivités territoriales prévoit notamment des mécanismes de compensation et de dotation de l’État pour accompagner les compétences transférées.

Cette réalité contribue à expliquer pourquoi, dans de nombreuses collectivités, l’accès aux programmes et investissements de l’État demeure un enjeu politique majeur.

Le poids du pouvoir central

À Kolda comme dans d’autres régions de l’intérieur, l’État demeure un acteur essentiel dans les secteurs nécessitant des investissements importants : infrastructures routières, santé, éducation, électrification ou grands équipements.

Le ministère de l’Intérieur rappelle d’ailleurs que l’administration territoriale doit assurer la proximité du service public et contribuer au développement local, tandis que les politiques nationales et leur financement relèvent largement du niveau central.

Cette architecture institutionnelle peut donc nourrir, chez certains acteurs locaux, l’idée qu’une proximité avec le pouvoir central facilite l’accès aux programmes publics. Il s’agit toutefois d’une perception politique qui mérite d’être distinguée d’une démonstration systématique d’un traitement différencié des collectivités selon leur couleur politique.

Du « ministre-parrain » à une citoyenneté plus exigeante ?

Pendant longtemps, la présence de responsables politiques originaires d’une région au sein du gouvernement a pu être perçue comme un moyen de faciliter l’accès aux opportunités publiques : emplois, bourses, projets ou investissements.

Mais cette logique est aujourd’hui questionnée par une partie de la jeunesse et de la société civile, qui réclame davantage de transparence et une répartition des investissements fondée sur les besoins des territoires.

La Constitution sénégalaise consacre notamment l’égal accès des citoyens aux services publics et reconnaît le droit au travail, à la santé, à l’éducation et à l’information. Elle affirme également que l’opposition démocratique constitue un élément fondamental du fonctionnement démocratique.

Le débat sur le clientélisme politique

L’un des enjeux centraux réside ainsi dans la capacité des citoyens à dissocier le développement de leur territoire de leur appartenance politique.

Le débat sur le clientélisme — c’est-à-dire l’échange de soutiens politiques contre des avantages ou des ressources — n’est pas propre à Kolda. Mais dans une région confrontée à d’importants besoins en infrastructures et en emplois, la question prend une dimension particulière.

L’enjeu consiste alors à savoir si les investissements publics doivent être perçus comme des faveurs accordées à une population politiquement proche du pouvoir ou comme la mise en œuvre normale des politiques publiques au bénéfice des citoyens.

Une nouvelle génération politique

L’arrivée d’une nouvelle génération d’électeurs et la montée de nouvelles formations politiques ont également modifié les rapports de force au Sénégal.

À Kolda, cette évolution s’accompagne d’un discours davantage centré sur la souveraineté, la reddition des comptes, l’équité territoriale et la participation citoyenne.

Mais plutôt que de conclure à la disparition du clientélisme politique, il convient de poser la question : les nouvelles pratiques politiques vont-elles réellement modifier les mécanismes traditionnels de dépendance entre territoires et pouvoir central ?

Kolda peut-elle changer de modèle ?

Le véritable changement ne résiderait donc pas uniquement dans le choix d’un parti ou d’un autre, mais dans la capacité des citoyens à demander des comptes à tous les responsables publics, quelle que soit leur appartenance politique.

Pour Kolda, le défi est de parvenir à défendre ses besoins en matière d’infrastructures, d’emploi, d’éducation, de santé et de développement économique sans que l’accès à ces droits ne soit perçu comme la contrepartie d’un alignement politique.

La question demeure ouverte : la nouvelle conscience citoyenne qui se développe dans le Fouladou peut-elle durablement transformer le rapport entre Kolda et le pouvoir central, et faire du développement territorial une exigence républicaine plutôt qu’un enjeu de proximité politique ?

Cette formulation permet de garder votre angle critique et votre expression populaire « djakatouré é marroo farro », tout en évitant de présenter comme des faits établis certaines affirmations sur le clientélisme ou un éventuel favoritisme politique.

Partagez sur :

Laisser un commentaire