6 octobre 2026

kolda : la société civile interpelle l’État face au gaspillage des eaux du fleuve casamance

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À Kolda, l’abondance des eaux en période hivernale contraste avec le manque d’infrastructures permettant de les retenir et de les valoriser. Sous le pont Abdoul Diallo, d’importants volumes d’eau s’écoulent chaque année avant de se perdre, alors que les producteurs de la région font face aux difficultés d’accès à l’eau pour développer le maraîchage et les cultures de contre-saison. La société civile appelle à accélérer les études et à passer aux réalisations.

KOLDA — En cette période hivernale, le fleuve Casamance offre un spectacle impressionnant. L’eau est là, abondante, traversant la ville sous le pont Abdoul Diallo. Mais pour les acteurs de la société civile, ce qui devrait être une richesse se transforme encore en occasion manquée.

À leurs yeux, le paradoxe est saisissant : des volumes importants d’eau s’écoulent chaque année, tandis que les agriculteurs de la région peinent à disposer de ressources hydriques suffisantes pour développer leurs activités en saison sèche.

Une eau abondante qui file vers l’aval

Pour Mouhamed Soumboundou, directeur exécutif d’Urgence Écologique, la question de la mobilisation des ressources en eau du fleuve Casamance ne peut plus être renvoyée aux calendes grecques.

Il rappelle qu’un Comité régional de développement (CRD) s’était tenu le 7 novembre 2025 sous la maîtrise d’ouvrage de l’Office des lacs et cours d’eau du Sénégal (OLAC), autour du rapport d’orientation relatif à la méthodologie des études de mobilisation des ressources en eau.

Depuis, dit-il, les acteurs locaux attendent des résultats concrets.

Pour la société civile, cette attente est d’autant plus préoccupante que la salinisation menace certaines terres agricoles, notamment dans les zones de Diana Malary et de Sofaniama.

Le fleuve au cœur de la souveraineté alimentaire

À Kolda, le débat sur l’eau est directement lié à celui de la production agricole.

La région dispose d’un important potentiel agro-sylvo-pastoral, mais le manque d’ouvrages de stockage et de rétention limite la capacité des producteurs à exploiter pleinement les ressources disponibles.

Abdoulaye Cissé, président de l’association SOS Environnement, dénonce ainsi une situation qu’il juge paradoxale : voir d’importantes quantités d’eau s’écouler pendant l’hivernage alors que le maraîchage et l’horticulture restent confrontés au manque d’eau durant la saison sèche.

Pour lui, la construction d’ouvrages de rétention permettrait de transformer cette ressource en véritable levier de développement local.

La visite présidentielle avait ravivé les espoirs

Le passage du président Bassirou Diomaye Faye, le 24 avril 2026, sur le pont Abdoul Diallo avait suscité de nombreuses attentes à Kolda.

Cette visite avait notamment ravivé les espoirs autour des questions liées à la revitalisation du fleuve Casamance et à la mobilisation de ses ressources.

Mais plusieurs mois plus tard, les acteurs de la société civile demandent désormais davantage de visibilité sur l’état d’avancement des études et des projets annoncés.

Ils veulent notamment savoir où en sont les études, quelles conclusions ont été retenues et quel calendrier est envisagé pour les réalisations.

Rétention, stockage et dragage : les principales demandes

Face à cette situation, les organisations de la société civile formulent plusieurs demandes.

Elles réclament d’abord la restitution des études consacrées à la mobilisation des ressources en eau du bassin de la Casamance, afin que les acteurs locaux puissent être informés des résultats.

Elles plaident ensuite pour la réalisation d’ouvrages de rétention et de bassins de stockage, capables de mieux valoriser les eaux de ruissellement et de soutenir les activités agricoles en dehors de l’hivernage.

Enfin, elles demandent l’accélération du processus de dragage du fleuve, présenté comme l’un des moyens permettant d’améliorer la mobilisation et la gestion de la ressource.

À Kolda, l’eau est là. Reste à la retenir

Le paradoxe résume à lui seul le problème : pendant l’hivernage, l’eau traverse Kolda en abondance ; quelques mois plus tard, les producteurs doivent composer avec le manque de ressources hydriques.

Pour les acteurs de la société civile, la priorité est désormais de transformer cette abondance saisonnière en ressource durable pour l’agriculture, l’élevage et les populations.

Leur message aux autorités est donc sans ambiguïté : au-delà des études et des annonces, place désormais aux réalisations.

À Kolda, le fleuve Casamance continue de couler. Et avec lui, selon les acteurs locaux, une partie du potentiel agricole de la région.

Pape Kadialy BADJI

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