kolda : ces « petits métiers » qui font tourner la ville mais peinent à joindre les deux bouts.
À Kolda, artisans, tailleurs, charretiers et autres acteurs de l’économie informelle font vivre une grande partie de la population. Pourtant, derrière les ateliers qui bourdonnent, les charrettes qui sillonnent les rues et les machines à coudre qui tournent à longueur de journée, la précarité gagne du terrain. Accès difficile aux financements, commandes publiques qui leur échappent, baisse des revenus et infrastructures dégradées : les acteurs du secteur informel poussent un véritable cri du cœur.
KOLDA — Dès les premières heures de la journée, Kolda se met en mouvement. Dans les ateliers, le fer crépite sous les coups de marteau. Les machines à coudre ronronnent. Les charrettes chargent et déchargent leurs marchandises. Dans les rues et les quartiers, des milliers d’hommes et de femmes s’activent pour gagner leur vie.
On les appelle communément les « petits métiers ». Mais à y regarder de près, leur contribution à l’économie locale est loin d’être petite.
Derrière cette animation permanente se cache pourtant une réalité beaucoup plus difficile : des revenus incertains, des financements difficiles à obtenir et un accès limité aux opportunités économiques.
Dans les ateliers, le travail ne garantit plus le revenu
Chez les artisans, le constat revient comme un refrain : travailler ne suffit plus toujours à vivre correctement de son métier.
Dans son atelier de menuiserie métallique, Pape Ousmane Touré décrit les difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels locaux. Pour lui, l’accès au financement constitue l’un des premiers obstacles, suivi de près par celui à la commande publique.
Selon cet artisan, les procédures et les conditions imposées pour accéder aux marchés publics rendent difficile la participation des petites unités locales.
Il déplore également la faible implication des artisans dans les commandes des collectivités locales et estime que certaines opportunités profitent davantage à des entreprises venues d’ailleurs.
Une situation qui, selon lui, prive les artisans koldois d’un important marché potentiel.
Chez les tailleurs aussi, la commande publique se fait attendre
Dans les ateliers de couture, le constat est pratiquement le même.
Abdourahmane Sow, tailleur à Kolda, pointe particulièrement les difficultés d’accès à la commande publique.
« Les difficultés ne manquent pas, surtout dans le domaine textile. Nous avons toujours des problèmes d’accès à la commande publique. Franchement, c’est un vrai problème. »
Pour ces professionnels, les commandes institutionnelles pourraient pourtant représenter une bouffée d’oxygène : uniformes, tenues professionnelles, équipements ou autres prestations.
Mais encore faut-il pouvoir accéder à ces marchés.
« Je ne parviens même pas à avoir 2 000 francs CFA par jour »
Plus loin, la réalité est encore plus brutale.
Pour les charretiers, la journée commence souvent tôt et se termine tard. Mais les efforts ne se traduisent pas forcément par des recettes suffisantes.
Demba Faty, charretier, témoigne de cette précarité quotidienne :
« La crise est très lourde pour nous. Je ne parviens même pas à avoir 2 000 francs CFA par jour. C’est très dur. »
Quelques milliers de francs CFA quand l’activité fonctionne, parfois beaucoup moins : derrière ces chiffres se trouvent des familles à nourrir, des enfants à scolariser et des charges qui, elles, ne diminuent pas.
Quand les routes compliquent encore le travail
Comme si les difficultés économiques ne suffisaient pas, les acteurs dénoncent également l’état de certaines infrastructures urbaines.
Caniveaux obstrués, ruelles dégradées, difficultés de circulation : les problèmes de voirie compliquent le quotidien des travailleurs et peuvent ralentir davantage leurs activités.
Demba Faty cite notamment certaines voies de la ville, dont la route menant vers la Radio Dunia, qu’il considère particulièrement difficile.
Pour lui, l’amélioration du cadre de vie passe nécessairement par des investissements dans les infrastructures de proximité.
Des métiers « petits » par le nom, essentiels pour la ville
À Kolda, ces travailleurs occupent une place centrale dans l’économie de proximité. Ils assurent des services indispensables, créent des revenus et permettent à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins.
Pourtant, leur activité reste souvent exercée dans des conditions précaires.
Le paradoxe est là : ils sont indispensables à la vie économique de la ville, mais beaucoup disent avoir le sentiment de rester en marge des grandes opportunités économiques.
L’accès au crédit, l’accompagnement technique, la formation, la commande publique locale et l’amélioration des infrastructures figurent parmi les principales attentes exprimées.
Le défi : transformer l’activité informelle en véritable levier économique
Au-delà des revendications, la question posée est celle de l’intégration de ces acteurs dans les politiques de développement local.
Comment faciliter leur accès au financement ? Comment renforcer leur participation aux marchés publics ? Comment améliorer leurs conditions de travail ? Et surtout, comment faire de ces activités un véritable levier de création de richesse et d’emplois ?
À Kolda, les réponses à ces questions pourraient peser lourd dans l’avenir économique de la ville.
Car derrière chaque machine à coudre, chaque atelier de soudure et chaque charrette qui sillonne les rues, ce sont des familles entières qui vivent de ces métiers.
Et pour ceux qui les exercent, le message est clair : ils ne demandent pas la charité, mais davantage d’opportunités pour travailler et vivre dignement de leur savoir-faire.
Pape Kadialy BADJI et Ousseynou SEYDI (stagiaire)
