Sénégal : après la rupture Diomaye-Sonko, les tensions gagnent les rangs de Pastef
La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko continue de nourrir les débats au sein de Pastef. Alors que plusieurs responsables du parti multiplient les critiques contre le chef de l’État, le différend se cristallise notamment autour de la gouvernance et de la politique économique.
La crise au sommet de l’État sénégalais ne semble pas avoir livré tous ses prolongements politiques. Depuis le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, les divergences entre les deux anciennes figures de l’exécutif se sont progressivement transformées en affrontement politique au sein de leur camp.
Selon des éléments rapportés par Jeune Afrique, les partisans les plus proches d’Ousmane Sonko vont jusqu’à employer le terme de « trahison » pour qualifier l’attitude du président Bassirou Diomaye Faye. La députée de Pastef Maïmouna Bousso a notamment accusé le chef de l’État d’avoir mené un « coup d’État démocratique » et d’avoir « trahi son serment ». Ces propos relèvent de son appréciation politique de la situation.
Une fracture désormais assumée
Le désaccord entre les deux dirigeants s’est installé progressivement. Avant même la rupture à la Primature, plusieurs divergences étaient apparues sur la conduite du pouvoir, les relations avec les acteurs de l’ancien régime et surtout la gestion des finances publiques.
Le quotidien Le Monde avait déjà documenté, en mai 2026, la dégradation des relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, notamment autour de la question de la dette publique et des relations avec le Fonds monétaire international.
Après le départ de Sonko du gouvernement, Pastef s’est publiquement réorganisé autour de son président. Lors de son congrès de juin 2026, Ousmane Sonko a d’ailleurs été reconduit à la tête du parti avec 589 voix sur 598, selon Le Monde.
Le dossier FMI ravive les divergences
La question économique constitue aujourd’hui l’un des principaux terrains de confrontation.
Le député Pastef Guy Marius Sagna a ainsi vivement critiqué l’accord conclu entre le Sénégal et le FMI. Dans une déclaration publiée début septembre, il a qualifié cette nouvelle coopération de « tragédie » et estimé qu’elle plaçait le Sénégal sous un « contrôle politique » du FMI. Ces propos sont ceux du député et ne constituent pas une appréciation indépendante sur l’accord.
Cette position illustre les divergences persistantes au sein du pouvoir autour de la stratégie à adopter face à la dette et aux institutions financières internationales.
Une recomposition politique en cours
Au-delà des désaccords économiques, la rupture entre les deux pôles de l’exécutif ouvre une nouvelle séquence politique. Pastef demeure structuré autour d’Ousmane Sonko, tandis que Bassirou Diomaye Faye exerce désormais la fonction présidentielle sans son ancien allié à la Primature.
Le parti lui-même affirme vouloir poursuivre la mise en œuvre de son projet politique et appelle ses militants à rester mobilisés et « focus » sur ses objectifs.
Entre divergences sur la gouvernance, débat sur la dette et critiques de plus en plus ouvertes, la rupture entre les deux figures issues de la même famille politique s’impose désormais comme l’un des principaux enjeux de la vie politique sénégalaise.
Pape Kadialy BADJI
