Hécatombe à Kolda : Le « Tababa » tue silencieusement les femmes par cancer
HECATOMBE À KOLDA : LE « TABABA » TUE SILENCIEUSEMENT LES FEMMES PAR CANCER
5 décès en 4 ans dans un seul poste de santé : l’alerte rouge de la sage-femme Awa Ba et d’Aïssatou Doumbia face à ce poison mortel
Face au ravage silencieux et meurtrier causé par l’usage du « Tababa », la communauté sanitaire et les mouvements associatifs de Kolda unissent leurs voix. Entre témoignages médicaux et prises de parole communautaires, le cri d’alarme s’intensifie contre cette substance toxique accusée de couper des vies et de provoquer des cancers du col de l’utérus foudroyants.

Sur le terrain, la situation suscite une vive inquiétude. Awa Ba, sage-femme de formation et point focal Santé de la reproduction des adolescents et jeunes (SRAJ) du district sanitaire de Kolda, dresse un bilan glaçant : en l’espace de 4 ans au poste de santé de Gadapara, 5 femmes sont décédées des suites d’un cancer du col de l’utérus. Toutes avaient un point commun révélé lors des interrogatoires : une utilisation prolongée et régulière du « Tababa ».
Aïssatou Doumbia : « Le Tababa est un danger mortel, il faut arrêter ce carnage »
Pour Aïssatou Doumbia, présidente des femmes handicapées de Kolda, la lutte contre ce fléau exige de briser l’engrenage de l’addiction et les fausses croyances qui entourent ce produit dévastateur :
« Le Tababa est extrêmement grave et mortel ! Aujourd’hui, la réalité est dramatique : certaines femmes sont devenues tellement dépendantes de ce produit qu’elles ne jurent que par lui, jusqu’à dire qu’il compte plus pour elles que leur propre foyer. Mais elles oublient qu’elles jouent directement avec la mort. »
— Aïssatou Doumbia, présidente des femmes handicapées de Kolda.
Elle insiste sur le piège médical qui se referme sur les usagères :
« Lorsque la maladie se déclenche à cause de cette substance, se soigner devient quasi impossible et extrêmement lourd. C’est pourquoi nous devons sensibiliser sans relâche dans nos communautés pour amener les femmes à abandonner définitivement le Tababa avant qu’il ne soit trop tard. »
Un diagnostic en phase terminale et des familles dévastées

La sage-femme Awa Ba rappelle que la gravité du problème réside dans le retard de consultation, qui transforme le diagnostic en arrêt de mort :
« Ce phénomène fait des ravages et fait reculer la santé dans toute la région. Ces femmes ne viennent consulter qu’en fin de vie, lorsque le cancer est déjà irréversible. Ce n’est plus une imprudence, c’est jouer avec sa propre vie. Au dernier moment, on tente l’impossible, mais même les évacuations d’urgence vers Dakar n’y changent rien. C’est une maladie très gourmande qui ruine financièrement toute la famille avant d’emporter la patiente. »
Un appel solennel à la désintoxication d’urgence
Face à ces pertes humaines répétées, les actrices de terrain appellent à une réaction immédiate des autorités et des populations pour stopper l’hécatombe. Awa Ba exhorte les usagères à se faire aider :
« Je lance un appel solennel à toutes les femmes de Kolda et d’ailleurs : il faut stopper immédiatement l’utilisation de ce produit toxique. S’il le faut, que les femmes dépendantes se rendent dans des centres de prise en charge et de désintoxication pour se libérer de cette drogue qui continue de tuer nos mères et nos sœurs. »
À Kolda, le message des professionnels de santé est donc clair : davantage d’information, moins de pratiques à risque et surtout un dépistage précoce pour réduire les complications et les décès liés au cancer du col de l’utérus.
