12 septembre 2026

« Qui craint le mot restructuration ? » : Marième Selly Kane appelle à regarder la réalité économique en face.

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DAKAR — Dans une tribune consacrée au nouvel accord entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI), Marième Selly Kane s’interroge sur la controverse autour du terme « restructuration ». Revenant sur l’entretien accordé par le représentant résident du FMI, Majdi Debbich, à Cherif Diop d’Evenprod Media, elle estime que le débat sémantique ne doit pas masquer la réalité de la situation financière du pays.

« Pourquoi craindre de parler de restructuration ? »

Pour Marième Selly Kane, l’accord conclu avec le FMI, d’un montant de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, doit permettre au Sénégal de mieux gérer sa dette et de stabiliser ses finances publiques.

Elle relève toutefois une séquence qui l’a particulièrement interpellée lors de l’entretien : l’insistance du journaliste pour obtenir du représentant du FMI le mot « restructuration », tandis que ce dernier lui préfère l’expression « traitement de la dette ».

Une distinction qui laisse l’autrice perplexe.

« Pourquoi craindre de parler de restructuration ? De quoi a-t-on peur ? Pourquoi ne pas appeler Jean par Jean ? »

Selon elle, derrière cette prudence lexicale se trouve une réalité économique qu’il convient d’assumer. Elle rappelle que la dette sénégalaise représente, selon les données évoquées dans l’entretien, environ 130 % du PIB, tandis que le service des intérêts absorberait près du quart des recettes fiscales.

Un nécessaire réaménagement de la dette

Dans cette situation, Marième Selly Kane estime que le gouvernement dispose de la possibilité de négocier avec ses créanciers afin de réaménager le volume et les maturités de la dette.

Elle considère que la diplomatie économique et des stratégies financières adaptées peuvent permettre au Sénégal de retrouver des marges de manœuvre et de préserver la soutenabilité de ses finances publiques.

Pour elle, le débat ne devrait donc pas se focaliser sur le vocabulaire utilisé, mais sur les moyens de sortir durablement le pays de ses difficultés financières.

« Dire la vérité aux Sénégalais »

L’autrice appelle également à dépasser les affrontements politiques et les « chicanes politiciennes » pour privilégier une lecture lucide de la situation.

Elle estime que la transparence envers les citoyens est indispensable pour leur permettre de comprendre les enjeux économiques et d’apprécier les efforts qui pourraient leur être demandés.

Dans cette perspective, elle accueille favorablement l’annonce d’un renforcement des aides ciblées, notamment les bourses familiales, les bourses étudiantes et la couverture maladie universelle.

Elle reste toutefois attentive aux résultats de la réforme annoncée des subventions généralisées.

« Rien n’est perdu pour le Sénégal »

Malgré les difficultés, Marième Selly Kane se veut optimiste quant aux perspectives du pays. Elle estime que le Sénégal dispose d’atouts importants, notamment ses ressources naturelles, ses ressources humaines et la qualité de son administration.

Selon elle, les difficultés actuelles sont davantage liées aux orientations politiques et économiques des dernières années qu’à une absence de potentiel.

Elle appelle donc à un sursaut collectif et à la mobilisation de toutes les bonnes volontés pour redresser durablement la trajectoire du pays.

Une pause politique pour redresser le pays ?

En conclusion, l’autrice avance une proposition : mettre entre parenthèses les querelles politiciennes pendant trois ans afin de permettre au Sénégal de se concentrer sur le redressement économique et la reconstruction de ses marges financières.

« Et si on faisait une pause politicienne pendant trois ans pour panser nos plaies et remettre le Sénégal sur les rails de l’émergence ? »

Une réflexion qui ouvre le débat sur la capacité du Sénégal à transformer la contrainte financière actuelle en opportunité de réformes et de reconstruction économique.


KOLDAWEB — Pape Kadialy BADJI

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