12 septembre 2026

Casamance : la paix ne doit pas dépendre du nom du Premier ministre.

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TRIBUNE — À la veille de la Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, la question de la paix en Casamance revient au centre du débat national. Pour Amadou Sylla, délégué général de SOS Casamance et acteur associatif engagé pour la paix, cette interpellation est légitime, mais elle doit également nous conduire à interroger notre propre responsabilité citoyenne.

Pourquoi cette exigence aujourd’hui ?

Après plus de quatre décennies de conflit, la paix en Casamance ne peut, selon lui, être reléguée au second plan. Mais une question demeure : pourquoi les organisations, élus, cadres et ressortissants de la Casamance n’ont-ils pas interpellé avec la même intensité Ousmane Sonko lorsqu’il était Premier ministre ?

L’auteur nuance toutefois cette interrogation. Il rappelle que la paix en Casamance figurait bien dans la Déclaration de politique générale d’Ousmane Sonko du 27 décembre 2024. Celui-ci avait notamment annoncé vouloir « parachever le processus de pacification totale et définitive », avec le retour des populations déplacées et un Plan spécial Diomaye pour la Casamance, annoncé à hauteur de 54 milliards de francs CFA.

Un accord avait également été signé à Bissau le 23 février 2025 entre le gouvernement sénégalais et une composante du MFDC. Mais, souligne Amadou Sylla, cet accord ne pouvait constituer à lui seul le règlement définitif du conflit, toutes les composantes du mouvement n’y ayant pas pris part.

Quand la confiance politique devient silence

Pour l’auteur de la tribune, le problème réside donc moins dans l’absence d’initiatives que dans « l’insuffisance de notre vigilance collective ».

Ousmane Sonko disposait, en Casamance, d’un capital de confiance particulier. Ancien maire de Ziguinchor et personnalité profondément associée à la région, il incarnait pour une partie de la population l’espoir qu’un « fils de la Casamance » arrivé au sommet de l’État puisse contribuer à résoudre le conflit.

Cette proximité aurait, selon Amadou Sylla, favorisé une forme de « délégation silencieuse ». À cela se serait ajoutée la loyauté politique envers un dirigeant et un mouvement ayant traversé plusieurs années de confrontation avec le pouvoir précédent.

Mais, rappelle-t-il, soutenir un responsable politique ne doit jamais signifier renoncer au contrôle citoyen de son action.

Al Aminou Lô face à une nouvelle exigence

Avec l’arrivée d’Ahmadou Al Aminou Lô à la Primature, le contexte change. Le nouveau Premier ministre n’entretient pas le même rapport historique et politique avec la Casamance que son prédécesseur.

Cette différence explique, selon l’auteur, pourquoi les acteurs de la région ressentent aujourd’hui le besoin de formuler plus directement leurs attentes.

Plusieurs questions sont ainsi posées : quel est le niveau d’exécution des accords signés à Bissau ? Qu’en est-il du Plan spécial annoncé pour la Casamance ? Quels financements ont effectivement été mobilisés ? Où en est le déminage ? Combien de familles déplacées ont pu regagner leurs villages dans des conditions sûres ? Et quelles perspectives sont offertes aux composantes du MFDC qui restent en dehors du processus ?

Pour Amadou Sylla, ces questions auraient dû être posées hier, elles doivent l’être aujourd’hui et devront continuer à l’être demain, quel que soit le Premier ministre en fonction.

Une paix qui dépasse le développement économique

La tribune met également en garde contre une conception limitée de la paix.

La construction de routes, le désenclavement, le soutien à l’agriculture et la création d’emplois sont indispensables, mais ils ne suffisent pas, selon l’auteur, à réparer les blessures de plus de quarante années de conflit.

La paix doit également prendre en compte la mémoire des victimes, les disparus, les déplacements forcés, les terres abandonnées, le déminage, la réintégration des combattants, la justice et les réparations.

Sept exigences pour la Casamance

À l’approche de la Déclaration de politique générale, Amadou Sylla appelle le gouvernement à présenter des engagements précis, notamment :

  • un état d’exécution des accords déjà signés ;
  • une feuille de route assortie d’un calendrier et d’un budget ;
  • un dialogue avec les composantes du MFDC encore en dehors du processus ;
  • l’accélération du déminage et du retour sécurisé des déplacés ;
  • une implication renforcée des femmes, des jeunes, des victimes, des élus, des autorités traditionnelles et de la diaspora ;
  • un dispositif consacré à la mémoire, à la dignité et à la réparation des victimes ;
  • un mécanisme indépendant de suivi des engagements pris.

« La paix n’appartient ni à un parti ni à un gouvernement »

L’auteur appelle enfin à éviter la politisation excessive de la question casamançaise.

Pour lui, la paix ne doit pas devenir un instrument dans les rivalités entre personnalités ou formations politiques. « La paix n’appartient ni à un parti, ni à un gouvernement, ni à une personnalité », soutient-il.

Elle appartient d’abord aux populations qui ont vécu le conflit, aux familles endeuillées, aux personnes déplacées et aux anciens combattants qui aspirent à retrouver une vie civile.

Sortir de la personnalisation

La conclusion de cette tribune est sans ambiguïté : la Casamance ne doit plus attendre qu’un responsable originaire de la région soit au pouvoir pour espérer avancer vers la paix.

« Nous avons fait confiance hier. Nous devons désormais exercer notre vigilance citoyenne », écrit Amadou Sylla.

Pour lui, l’objectif doit être de faire de la paix en Casamance une politique nationale permanente, inclusive, transparente et évaluable, capable de survivre aux alternances politiques et aux changements de gouvernement.

Après plus de quatre décennies de conflit, conclut-il, la Casamance n’attend plus seulement des promesses : elle attend une paix complète, juste, inclusive et irréversible.

Pape Kadialy BADJI

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